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Prix du pain et de la baguette depuis 1800 en France
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Prix du pain et de la baguette : l'évolution historique complète depuis 1800

Aujourd'hui au cœur de notre pouvoir d'achat, le prix de la baguette classique s'établit en moyenne à 1.03 € en France, en Août 2026. Mais derrière ce produit du quotidien se cache une histoire fascinante de plus de 14 000 ans, jalonnée de crises, de guerres et de révolutions. Découvrez tous les chiffres, graphiques et récits historiques pour comprendre l'évolution de notre aliment phare.

🥖 Le prix du pain en bref

  • 💰 La baguette aujourd'hui : prix moyen de 1.03 € en Août 2026 en France (supermarchés et boulangeries confondus). À Paris, comptez environ 20 centimes de plus en boulangerie, jusqu'à 2 € pour certaines baguettes spéciales.
  • 📈 Une hausse plus rapide que l'inflation : entre 1960 et 2025, l'inflation générale a multiplié les prix par 12, tandis que le prix de la baguette a été multiplié par près de 19 — le pain a augmenté nettement plus vite depuis la libéralisation totale des prix en 1987.
  • 🛠️ Où passe votre argent ? Dans le prix d'une baguette, les salaires et charges de personnel représentent 48 % du coût. Le blé et les matières premières ne pèsent que 22 %, suivis des taxes, de l'énergie et des loyers (6 % chacun environ).
  • 🏛️ Le pain, déclencheur de révolutions : historiquement fixé par l'État pour éviter les révoltes populaires, un prix du pain devenu inabordable a été l'un des facteurs déclencheurs de la Révolution française de 1789.
  • 🍞 14 000 ans d'histoire : le plus vieux pain retrouvé à ce jour date de 12 400 ans avant JC, en Jordanie ; le plus vieux pain fermenté connu, de 6 600 avant JC, à Çatalhöyük en Turquie.

🗺️ Dans cette page

  1. Graphique & Prix actuels de la Baguette (depuis 1950) — L'évolution récente du produit phare des Français.
  2. Tableau historique complet depuis 1800 — Les données brutes et les chiffres année par année.
  3. Graphique du prix du pain depuis 1800 — La courbe de long terme en échelle logarithmique pour tout comprendre.
  4. Le Pain et la Révolution de 1789 — Comment les crises frumentaires ont ébranlé la monarchie.
  5. L'origine de la Baguette — Mythes et réalités sur la naissance du format de 1921.
  6. Les pains des années 1900 — Formes, poids et traditions des boulangeries de la Belle Époque.
  7. Levain versus Levure — Secrets de fabrication, fermentation et guide pour faire son levain maison.
  8. Des meules aux Moulins — L'évolution technique de la mouture, de la pierre préhistorique aux cylindres modernes.
  9. Apparition des céréales et des premiers pains — Un voyage de 14 000 ans en Mésopotamie et Jordanie, aux origines de la fermentation.
  10. Histoire et généalogie des Céréales — D'où viennent nos blés actuels ? Espèces sauvages et domestication.
  11. Famines et Disettes — Les grandes crises de subsistance qui ont marqué l'histoire de France.
  12. Prix avant 1789 en Livre Tournois — Comprendre et convertir les anciennes monnaies d'Ancien Régime.

Autre dossier de ce type : Prix des voitures neuves depuis 1950

Chapitre 1 · Graphique & Prix actuels de la Baguette (depuis 1950)
L'Insolite, superbe baguette du concours Fête du Pain 2008, France

Photo : baguette l'Insolite, créée par Philippe Hermenier et Denis Fatet, formateurs à l'Institut National de la Boulangerie-Pâtisserie pour la Fête du Pain 2018.

Source : Insee. Jusqu'en 1991, prix annuels en moyenne Paris, ensuite prix mensuels en moyenne Métropole.
Jusqu'en 1961, poids de référence 300g, ensuite 250g.

Année20162017201820192020202120222023202420252026
Prix baguette €0.870.870.880.880.880.90.9411.021.011.03

Le prix moyen d'une baguette de 250g est de 1.03 euros en France en Août 2026.

C'est un prix moyen entre les différents points de vente, supermarchés et boulangeries, et entre les différentes régions de France.
Il s'agit du prix d'une baguette "classique", dès que l'on achète une des délicieuses baguettes spéciales ou Bio proposées par les boulangers, les distributeurs, les prix sont vite au-delà de cette moyenne.

À Paris, le prix moyen de la baguette en boulangerie est d'environ 20 centimes au-dessus de la moyenne citée ici, on peut même en trouver à 2 euros.

Exemples de prix constatés en France (Mise à jour 2026) :

Chaînes et Réseaux Nationaux :
→ La Mie Câline : 1,00 euro (Prix bloqué national sur la baguette blanche et la baguette "Mie Câline").
→ Marie Blachère : 1,20 euro. Offre permanente 4 pour le prix de 3, soit 0,90 euro l'une.
→ Boulangerie Louise : 1,10 euro. Offres promotionnelles fréquentes : 2 baguettes pour 2,00 euros (1,00 euro l'une) ou 8 baguettes pour 5,00 euros (0,62 euro l'une).
→ Paul : 1,00 euro la baguette blanche, 1,20 euro la baguette Paul (Tradition).
→ La Brioche Dorée : 1,15 euro la baguette blanche, 1,30 euro la baguette dorée.

Artisans Boulangers Indépendants (Moyenne nationale) :
→ 1,09 euro la baguette classique (240g).
→ 1,26 euro la baguette de tradition (245g). Selon "Le Baguette Index", les prix varient de 0,80 euro à Marseille jusqu'à 1,95 euro dans certains quartiers de Paris.

Grande Distribution (Moyenne nationale incluant Drives) :
→ 0,29 euro : Prix premier prix "bloqué" chez E.Leclerc, Lidl et Aldi.
→ 0,45 euro : Prix moyen d'une baguette classique de supermarché.
→ 1,05 euro : Prix moyen d'une baguette de tradition en grande surface (souvent réduite à ~0,78 euro via les lots 3+1).


Décomposition du prix moyen du pain :
Matières premières (blé) : 22%, Salaires : 48%, Taxes : 6%, Loyer et charges : 6%, Énergie : 5%, Investissements : 5%, Revenu : 8%.
Source Ekopedia

Plein d'autres informations ici : tout savoir sur la baguette de pain

Chapitre 2 · Tableau historique complet depuis 1800

Jusqu'en 1961, le poids de la baguette de référence est de 300g, ensuite il est de 250g.
Le pain de référence a un poids de 2 kg jusqu'en 1959, ensuite il a un poids de 400g.
Prix en moyenne annuelle.

AnnéePain 2kg
prix au kg (Francs)
Pain 400g
prix au kg (Francs)
Baguette
prix (Francs)
Pain
prix au kg (Euros)
Baguette
prix (Euros)
Consommation
g/jour/pers.
2024 21.866.673.331.02(90)
2023 21.506.593.281.01
2022 19.576.132.980.94
2021 18.365.872.800.90
2020 18.235.822.780.89105
2019 18.115.772.760.88
2018 17.835.742.720.88
2017 17.575.692.680.87
2016 17.495.692.670.87
2015 17.515.662.670.86120
2014 17.055.712.600.87
2013 16.865.692.570.87
2012 16.465.672.510.87
2011 16.205.612.470.86
2010 15.875.492.420.84130
2009 15.685.482.390.84
2008 15.485.442.360.83
2007 14.895.212.270.80
2006 14.435.032.200.77
2005 14.234.922.170.75140
2004 13.974.842.130.74
2003 13.584.662.070.71
2002 13.184.482.010.68
2001 12.864.311.960.66
2000 12.534.201.910.64160
1999 12.334.101.880.63
1998 12.204.021.860.61
1997 12.143.971.850.61
1996 12.003.921.830.60
1995 11.683.841.780.59
1994 11.483.771.750.58
1993 11.153.661.700.56
1992 10.893.531.660.54
1991 10.553.121.610.48
1990 10.533.141.600.48
1989 10.233.031.560.46
1988 9.952.921.520.45
1987 9.552.761.460.42
1986 9.462.681.440.41
1985 9.182.601.400.40
1984 8.852.471.350.38
1983 8.302.281.270.35
1982 7.602.061.160.31
1981 6.751.871.030.29
1980 6.101.670.930.25175
1979 5.301.490.810.23
1978 4.701.270.720.19
1977 4.151.120.630.17
1976 3.751.040.570.16
1975 3.180.900.480.14
1974 2.800.800.430.12
1973 2.550.700.390.11
1972 2.430.670.370.10
1971 2.200.600.340.09
1970 2.050.570.310.09200
1969 1.980.550.300.08
1968 1.900.530.290.08
1967 1.620.450.250.07
1966 1.580.440.240.07
1965 1.580.440.240.07
19640.721.580.440.240.07
19630.701.540.430.230.07
19620.651.440.400.220.06
19610.641.370.380.210.06
1960(1)0.621.290.360.200.05225
195960.40 34.200.09210.0521
195857.00 32.000.08690.0488
195757.00 28.000.08690.0427
195657.00 28.000.08690.0427
195556.60 27.000.08630.0412
195456.00 26.000.08540.0396
195356.00 26.000.08540.0396
195256.00 27.170.08540.0414
195143.30 21.940.06600.0334
195035.40 18.000.05400.0274325
194935.00 18.000.05340.0274
194827.30 14.040.04160.0214
194715.82 8.140.02410.0124
19468.89 4.570.01360.0070
19456.67 3.430.01020.0052
19443.96 2.040.00600.0031
19433.70 1.900.00560.0029
19423.62 1.860.00550.0028
19413.17 1.630.00480.0025
19403.15 1.620.00480.0025
19393.10 1.590.00470.0024
19382.84 1.460.00430.0022
19372.41 1.240.00370.0019
19361.80 0.930.00270.0014
19351.61 0.830.00250.0013
19341.96 1.010.00300.0015
19331.80 0.930.00270.0014
19322.11 1.090.00320.0017
19312.36 1.210.00360.0019
19302.15 1.110.00330.0017
19292.05 1.050.00310.0016
19282.07 1.060.00320.0016
19272.14 1.100.00330.0017
19262.24 1.150.00340.0018
19251.58 0.810.00240.0012
19241.28 0.660.00200.0010
19231.15 0.590.00180.0009
19221.04 0.530.00160.0008
19211.22 0.630.00190.0010
19201.13 0.580.00170.0009630
19190.46 0.240.00070.0004
19180.45 0.230.00070.0004
19170.45 0.230.00070.0004
19160.43 0.220.00070.0003
19150.43 0.220.00070.0003
19140.44 0.230.00070.0003
19130.42 0.220.00060.0003
19120.41 0.210.00060.0003
19110.40 0.210.00060.0003
19100.39 0.200.00060.0003
19090.37 0.190.00060.0003
19080.36 0.190.00050.0003
19070.37 0.190.00060.0003
19060.37 0.190.00060.0003
19050.36 0.190.00050.0003
19040.38 0.200.00060.0003
19030.39 0.200.00060.0003
19020.35 0.180.00050.0003
19010.35 0.180.00050.0003
19000.33 0.170.00050.0003900
18990.34 0.180.00050.0003
18980.40 0.210.00060.0003
18970.37 0.190.00060.0003
18960.33 0.170.00050.0003
18950.34 0.170.00050.0003
18940.35 0.180.00050.0003
18930.37 0.190.00060.0003
18920.39 0.200.00060.0003
18910.43 0.220.00060.0003
18900.39 0.200.00060.0003
18890.39 0.200.00060.0003
18880.39 0.200.00060.0003
18870.39 0.200.00060.0003
18860.36 0.190.00050.0003
18850.35 0.180.00050.0003
18840.37 0.190.00060.0003
18830.41 0.210.00060.0003
18820.42 0.220.00060.0003
18810.43 0.220.00070.0003
18800.43 0.220.00070.0003
18790.40 0.210.00060.0003
18780.44 0.230.00070.0003
18770.43 0.220.00070.0003
18760.39 0.200.00060.0003
18750.36 0.190.00060.0003
18740.44 0.220.00070.0003
18730.48 0.250.00070.0004
18720.41 0.210.00060.0003
18710.50 0.260.00080.0004
18700.37 0.190.00060.0003
18690.35 0.180.00050.0003
18680.47 0.240.00070.0004
18670.44 0.230.00070.0003
18660.35 0.180.00050.0003
18650.30 0.150.00050.0002
18640.30 0.150.00050.0002
18630.35 0.180.00050.0003
18620.37 0.190.00060.0003
18610.42 0.220.00060.0003
18600.35 0.180.00050.0003
18590.29 0.150.00040.0002
18580.29 0.150.00040.0002
18570.38 0.200.00060.0003
18560.50 0.260.00080.0004
18550.49 0.250.00080.0004
18540.49 0.250.00070.0004
18530.38 0.200.00060.0003
18520.31 0.160.00050.0002
18510.27 0.140.00040.0002
18500.27 0.140.00040.0002
18490.28 0.150.00040.0002
18480.29 0.150.00040.0002
18470.49 0.250.00080.0004
18460.39 0.200.00060.0003
18450.33 0.170.00050.0003
18440.34 0.180.00050.0003
18430.31 0.160.00050.0002
18420.34 0.180.00050.0003
18410.31 0.160.00050.0002
18400.39 0.200.00060.0003
18390.39 0.200.00060.0003
18380.35 0.180.00050.0003
18370.29 0.150.00040.0002
18360.28 0.140.00040.0002
18350.24 0.120.00040.0002
18340.27 0.140.00040.0002
18330.29 0.150.00040.0002
18320.38 0.190.00060.0003
18310.40 0.200.00060.0003
18300.39 0.200.00060.0003
18290.46 0.240.00070.0004
18280.40 0.210.00060.0003
18270.32 0.170.00050.0003
18260.29 0.150.00040.0002
18250.30 0.150.00050.0002
18240.27 0.140.00040.0002
18230.24 0.120.00040.0002
18220.28 0.140.00040.0002
18210.35 0.180.00050.0003
18200.38 0.200.00060.0003
18190.32 0.160.00050.0002
18180.37 0.190.00060.0003
18170.48 0.240.00070.0004
18160.40 0.210.00060.0003
18150.30 0.150.00050.0002
18140.31 0.160.00050.0002
18130.40 0.210.00060.0003
18120.45 0.230.00070.0004
18110.34 0.170.00050.0003
18100.30 0.150.00050.0002
18090.30 0.150.00050.0002
18080.33 0.170.00050.0003
18070.35 0.180.00050.0003
18060.32 0.160.00050.0003
18050.30 0.150.00050.0002
18040.28 0.140.00040.0002
18030.30 0.150.00050.0002
18020.40 0.210.00060.0003
18010.30 0.150.00050.0002
18000.28 0.140.00040.0002

(1) Avant 1960 : anciens francs, référence gros pain de 2 kg. Après 1960 : nouveaux francs, référence gros pain de 400g.

Chapitre 3 · Graphique du prix du pain depuis 1800
Prix du pain en France depuis 1800

Prix au kg d'un gros pain : référence 2 kg, série arrêtée en 1964.

Prix au kg d'un pain actuel : référence 400g depuis 1960.

Prix à l'unité d'une baguette : mesurée depuis 1954, poids 300g puis 250g dès 1962.

Sources : Insee et Statistique générale de France.
Échelle logarithmique : plus les courbes s'écartent, plus le budget pain devient lourd par rapport aux salaires.

Évolution du prix du pain depuis 1800

De 1800 à 1860 : le prix du pain variait fortement, pouvant doubler ou plus en quelques mois.
Son prix était pourtant fixé par les autorités, mais suivant un calcul qui le faisait directement reposer sur le prix du blé.
Et le prix du blé était très sensible aux aléas climatiques qui pouvaient réduire drastiquement les récoltes, mais aussi à la spéculation sur la vente des grains, à la mauvaise circulation de cette marchandise entre régions, au manque de production par rapport à une population en forte croissance.
Le pain étant pendant longtemps la part principale de l'alimentation du peuple, doubler le prix de celui-ci entraînait l'impossibilité de se nourrir correctement, avec des périodes répétées de disettes, voire de famines.

De 1860 à 1914 : les progrès cumulés dans l'agriculture, le commerce, le transport de marchandise, la diversification de l'alimentation, ont fortement diminué les variations du prix des céréales, stabilisant aussi le prix du pain.

Période des guerres 1914-1918 et 1939-1945 :
Lors des guerres, le pain est rationné, de très mauvaise qualité, au mauvais goût, non plus fait à partir de farine de blé, mais de divers succédanés (orge, seigle, maïs, fèves, brisures de riz).
Pendant la Première Guerre mondiale, son prix est bloqué à 0,44 fr le kg, mais il s'envole ensuite pour atteindre 2,84 fr en 1938.
Durant la Deuxième Guerre mondiale, son prix est doublé, passant de 3,10 à 6,67 fr le kg.

De 1946 à 1960
Le prix du pain s'envole encore pour atteindre 60 fr le kg en 1959.
La France est en difficulté pour rembourser la dette de guerre, l'inflation est générale et incontrôlée, sur le marché des changes, le franc est dévalué 7 fois.
En 1960, la valeur nominale du franc est divisée par 100 (Nouveau Franc ou Franc Pinay), le prix du pain passe ainsi de 60 Fr (anciens) à 0,60 Fr (nouveaux).

1960 à aujourd'hui, libéralisation du prix du pain
De tout temps, le prix du pain était déterminé par l'État.
Il ne sera libéré qu'en 1978, partiellement d'abord, avec des plafonds, puis complètement en 1987.
Il va alors augmenter nettement plus vite que l'inflation générale.
Au global, entre 1960 et 2025, l'inflation générale a multiplié les prix par 12, alors que le prix de la baguette a été multiplié par près de 19, passant de 0,36 Fr à 6,66 Fr, soit de 0,055 euro à 1,02 euro.

Chapitre 4 · Le Pain et la Révolution de 1789
Révolution française, marche des femmes sur Versailles

Le 26 brumaire An II selon le calendrier républicain, la Convention Nationale publie un décret stipulant que tous les Français doivent manger le même pain :
« La richesse et la pauvreté devant également disparaître du régime de l'égalité, il ne sera plus composé un pain de fleur de farine pour le riche et un pain de son pour le pauvre »
« Tous les boulangers seront tenus, sous peine d'incarcération, de faire une seule sorte de pain : le Pain Égalité »

Décret sur le Pain de l'Égalité du 15 novembre 1793

Révolution française, décret pain égalité en novembre 1793

Le Pain de la Révolution

Louis XVI a été bien malheureux sur sa gestion du prix du pain.
Historiquement, ce prix a toujours été soumis aux décisions des dirigeants, car le pain étant l'alimentation de base d'une grande partie de la population, un prix trop élevé entraînerait un fort mécontentement.

Et voici qu'à peine arrivé au pouvoir en 1774, sous le conseil de Turgot, qui était un physiocrate, il décrète la libéralisation du commerce des grains.
Cela peut paraître une idée allant de soi aujourd'hui, mais à l'époque la production de céréales était fragile et le commerce entravé par des taxes et droits de douane entre provinces même.

Or l'hiver de cette année s'avère très froid, réduisant les récoltes suivantes, les prix du blé et du pain s'envolent, aidés par la spéculation, la disette s'installe, le peuple se révolte, on assiste à ce qui sera appelé « la guerre des farines », avec une répression par l'armée pour finir.
En 1776, le prix du pain, ou taxe du pain, revient sous contrôle de l'État.

Les finances de l'État sont exsangues suite à la guerre d'indépendance américaine... approfondir

Cette même année 1776, la France soutient la guerre d'indépendance américaine en fournissant du matériel aux insurgés.
En 1778, elle entre officiellement en guerre, engageant son armée navale et terrestre.
Elle permet ainsi la victoire américaine qui se conclut par le traité de Paris de 1783.
Mais cela pour le coût effroyable de plus d'un milliard de livres tournois, à ajouter à la situation déjà catastrophique des finances françaises.

En 1783, la France est quasiment en banqueroute : plus personne n'est prêt à prêter de l'argent au roi pour satisfaire les dépenses de la cour et du gouvernement.
Les emprunts s'élèvent à un milliard six cent quarante-six millions, le déficit annuel à 140 millions de livres.
Louis XVI tente de réformer le système des impôts pour l'élargir aux nobles, mais il se heurte aux parlements des provinces, qui sont tenus par ces derniers.

En juin 1787, dans l'objectif de favoriser la prospérité de la France et rétablir les finances de l'État, Louis XVI réitère sa tentative de libéralisation du marché des grains.
La météo vient à nouveau tout contrarier avec un violent orage qui éclate le 13 juillet 1788, traversant le nord-ouest de la France, entre La Rochelle, Tours, Orléans, Paris, Beauvais, Lille, avec des vents à 150 km/h, des grêlons de 8 cm, ravageant entre autres les champs de blé sur son passage.
Aussi, en 1789, le blé manque, les prix s'envolent à nouveau, la disette refait son apparition, touchant d'abord les ouvriers et artisans des villes, puis les paysans que l'on réquisitionne, le mécontentement grandit.

Le contexte de prix du pain trop élevé, de quasi-banqueroute de l'État, de refus des nobles d'une remise en cause même partielle de leurs privilèges, de contestation de la monarchie absolue par le peuple avec la création d'une Assemblée nationale, devenait explosif.

Il en a découlé la Révolution française, avec la prise de la Bastille...

Approfondir : des États généraux à la prise de la Bastille

À bout de solutions, Louis XVI convoque les États généraux pour le 5 mai 1789.
(Assemblée réunissant la noblesse, le clergé et le tiers état en cas de circonstances exceptionnelles, crise politique, financière ou guerre.)

Lors de la mise en place des États généraux, le tiers état s'estime sous-représenté en étant réduit à 1/3, alors qu'il représente 98% de la population.
N'arrivant pas à faire accepter au roi un rééquilibrage plus juste, le tiers état se rebelle et s'organise en une Assemblée nationale constituante, non pas des 3 ordres, mais du peuple.
Le 20 juin 1789, cette Assemblée, comprenant 576 députés, se réunit dans la salle du jeu de paume, où les députés prêtent le serment de ne pas se séparer tant qu'ils n'auront pas donné à la France une constitution, ce qui prendra plus de deux ans (serment du jeu de paume).

Louis XVI place ses troupes autour de Paris, et le 8 juillet, dans Paris, dans le bois de Boulogne, au Champ-de-Mars, à Saint-Denis, à l'hôtel des Invalides, soit environ 30 000 hommes.
Le 11 juillet, sous l'influence des nobles de son conseil privé, il renvoie Necker, accusé d'être à l'origine de tous ces désordres.

Le 12 juillet 1789, la population de Paris apprend le renvoi de Necker, qui œuvrait pour plus de justice dans l'impôt, ce qui est interprété comme un retour en force des conservateurs, et fait craindre une utilisation imminente de l'armée, contre le peuple.
À midi, au Palais-Royal, un avocat et journaliste alors peu connu, Camille Desmoulins, harangue la foule des promeneurs et l'appelle « à prendre les armes contre le gouvernement du roi ».
De nombreuses manifestations éclatent dans Paris, en soutien à Necker et à l'Assemblée nationale, avec la peur que l'armée de Louis XVI ne pénètre dans Paris.
Le rassemblement se tenant aux Tuileries est réprimé dans le sang, avec une charge de la cavalerie qui fait 3 morts et plusieurs blessés.

Dans la nuit du 12 au 13 juillet, quarante barrières d'octroi sur les 50 situées aux portes de Paris sont incendiées, en protestation des impôts prélevés sur les marchandises entrant dans Paris, alors que l'augmentation des prix des grains a fait s'envoler le prix du pain, devenu inabordable.
Au petit matin, le couvent Saint-Lazare est pillé, car supposé abriter des grains, d'après une rumeur circulant dans Paris.
Le même jour, le Comité permanent des électeurs de l'Hôtel de Ville décide de mettre sur pied une armée urbaine de 48 000 hommes pour défendre Paris et demande au gouverneur des Invalides de leur fournir des armes, mais celui-ci refuse.

Le 14 juillet au matin, une foule énorme, entre 40 000 et 80 000 personnes, se presse près de la grande bâtisse des Invalides, pour obtenir des armes.
Plusieurs régiments de cavalerie et d'infanterie sont postés sur l'esplanade du Champ-de-Mars, mais décident de ne pas s'interposer face au peuple.
Devant cette inaction, les milliers d'artisans, boutiquiers et petits commerçants de Paris défoncent les portes, escaladent les fossés et s'engouffrent dans les galeries souterraines. Ils mettent la main sur 40 000 fusils et 12 pièces de canon.
Mais cette armée improvisée ne dispose ni de poudre à canon ni de balles. Par précaution, le stock a été déplacé deux jours plus tôt dans un lieu jugé plus sûr : la forteresse de la Bastille.
Les insurgés se donnent donc le mot : tous à la Bastille !

La Bastille est assiégée puis prise d'assaut, plus de 100 assaillants sont tués avant que de Launay, son gouverneur, ne fasse ouvrir son pont-levis.
La garnison de la Bastille est faite prisonnière et conduite à l'hôtel de ville pour être jugée.
En chemin, de Launay est roué de coups, massacré à coups de sabre, décapité, sa tête mise au bout d'une pique.
Pendant ce temps, Jacques de Flesselles, équivalent maire de Paris, est assassiné d'un coup de révolver devant l'hôtel de ville. Il est par la suite lui aussi décapité.
Les têtes de Launay et de Jacques de Flesselles, sont promenées au bout d'une pique dans les rues de la capitale jusqu'au Palais-Royal.

Le soir même, on réveille Louis XVI pour l'informer de la situation, ce qui lui fait dire : « Mais c'est une révolte ? »
« Non, Sire, c'est une révolution ! » lui répond le duc de La Rochefoucauld.

Après cela, le régime de la Convention est mis en place.
Pour ce qui concerne le prix du pain, la Convention nationale le réglemente le 31 juillet 1791 à deux sols la livre, soit 20 centimes le kg.

La pénurie de pain perdure cependant et conduit à des rationnements, avec une quantité de pain attribuée à chacun suivant son sexe et son âge.
Le 15 novembre 1793, la Convention impose aussi un pain unique, le Pain Égalité, devant être composé de 3/4 de farine de blé et 1/4 de farine de seigle, à forte teneur en son.
Mais il sera peu à peu abandonné, les villes préférant le pain blanc.

Chapitre 5 · L'origine de la Baguette
Origine de la baguette de pain en 1921

Origine de la Baguette

Notre baguette n'est pas apparue à une date précise, elle semble plutôt issue d'une lente évolution.
Pendant longtemps, le pain était la base de l'alimentation pour la population modeste qui en consommait près d'un kilo par jour et par personne, sous forme de miches ou gros pains de 2 kg à 6 kg.
Mais une partie de la population, plus aisée, consommait moins de pain, et de meilleure qualité.
Dans les boulangeries cohabitaient deux offres : les pains de consommation courante de 2 kg et plus, vendus au poids et dont le prix était réglementé, et les pains "fantaisie", plus petits, vendus à l'unité, et plus chers.
Ces pains fantaisie ont vu fleurir toute une variété de formes, de poids, de noms, dont les baguettes.

Premières apparitions du mot "baguette" dans les livres et la presse édités depuis 1800 :

  • 1861 - baguette Italienne : pain de type biscuit et de la forme d'un bâtonnet (L'Indépendant).
  • 1904 - baguette utilisé dans le Manuel du boulanger et de pâtisserie-boulangère, E. Favrais.
  • 1906 - baguette de pain tendre : poids inconnu (9 octobre, Le Figaro).
  • 1910 - baguette de gruau : pain long et à croûte épaisse (La République française).
  • 1913 - baguette de pain doré : se retrouve dans des romans ou des textes de quotidiens (L'Intransigeant).
  • 1915 - baguette : petits pains type viennoiseries avec une pâte enrichie (Le Journal).
  • 1917 - baguette : pains minces, interdits pendant la guerre, car ils demandent trop de main-d'œuvre.
  • 1920 - baguettes : de 80 gr, comme pain fantaisie (6 juillet, L'Homme Libre).
  • 1920 - exquises "baguettes" : entre guillemets, imagée (4 août, Le Figaro).
  • 1921 - baguette de 300 grammes : première citation certaine (9 août, L'Écho de Paris et d'autres).

On peut ensuite trouver le terme baguette associé à différents poids, 100g, 300g, 700g, avant que 300g ne s'impose.

Le terme baguette est donc utilisé en boulangerie dès début 1900, sous différents poids et longueurs.
La baguette de 300g apparaît de manière certaine en 1921, soit à la fin de la guerre de 14-18.

Il faut savoir que pendant la guerre, le pain était rationné et de mauvaise qualité, du fait du manque de blé et de main-d'œuvre.

Il est à noter que le poids de la baguette ne résulte pas d'une réglementation, mais d'une entente de la corporation des boulangers. Elle est ainsi passée de 300 g dans les années 20, à 250g dans les années 60.

Wikipedia indique que le terme baguette est cité dans un brevet de 1902 mais celui-ci concerne un pain de régime Heudebert, intégrant de la caséine, pesant 20g, on ne peut dire que ce soit là l'origine de notre baguette.

Chapitre 6 · Les pains des années 1900

Sources : Manuel du boulanger et de pâtisserie-boulangère, E. Favrais, 1904. Le Boulanger-pâtissier : organe corporatif indépendant, 01-03-1933.

Pains dans le Manuel de Boulangerie de 1904

1 - Pain long fendu, dit marchand de vin de 1 à 1,4 m, on l'appelle pain bâtard quand il n'a que 80 à 90 cm.
2 - Pain roulé dit marchand de vin ou canne de 1,4 à 1,8 m de longueur !
3 - Galette pain rond aplati au rouleau et coupé en losange.
4 - Couronne fendue.
5 - Couronne coupée.
6 - Flûte crevée dont un coup de lame forme la grigne.
7 - Empereur ou pain des banquets et festins.
8 - Polka ou pain plat ayant moins de mie mais qui est très légère.
9 - Pain fendu de 4 livres court d'une longueur de 55 à 65 centimètres.
10 - Pain boulot à 4 coups de lame de 65 à 70 centimètres de longueur.
11 - Pain jocko à 5 coups de lame de 0,9 à 1,1 m de longueur.
12 - Baguette non coupée, flûte à potage faite avec la pâte du pain à café.
13 - Baguette allongée et coupée de diverses longueurs.
14 - Impératrice, pain viennois très coquet ayant beaucoup de croûte.
15 - Tire-bouchon ou jocko à 2 ou 3 coups de lame.
16 - Flûte crevée dont un coup de lame forme la grigne.
17 - Croissant.
18 - Pain saucisson.
19 - Pain de munition.
20 - Miche.

Pain Polka
Obtenus à partir du pain boulot, la multiplicité des coups de lame aidant le ferment en lui assurant une résistance moins forte. Ces pains plus plats ont moins de mie et cette mie est très légère.

Couronnes
Dans certaines contrées, le pain ordinaire se fait en forme de couronne, soit complètement fermée, soit simplement aux trois quarts, c'est-à-dire en croissant.
À Paris, l'usage de la couronne se perd beaucoup, l'on n'en fait encore quelques-unes comme ornement d'étalage plutôt que pour la vente. La couronne fendue de 500 et de 1 000 grammes a beaucoup de cachet.

Flûtes et pains à café
Le pain à café est d'essence absolument française, c'est le pain mollet de nos grands-pères, du début de l'emploi de la levure. Il tend de plus en plus à disparaître.
Sous le nom de régence, il se vendait en grande quantité à Rouen, le consommateur lui préfère les croissants ou brioches.
Pour le potage, la flûte était jadis de consommation régulière, aujourd'hui, on préfère les croûtes normandes, qui ne sont, en réalité, que du pain à café fendu et séché au four.
Les pâtes alimentaires font aussi grand tort à la flûte.

Chapitre 7 · Levain versus Levure
Secrets pour faire son levain maison

Faire son levain maison

Le levain est un simple mélange d'eau et de farine, mais sa réalisation est très délicate, les échecs assez inévitables, il faut être patient.
Quand les bonnes conditions sont réunies, des bactéries lactiques et des levures se développent, produisant du gaz qui fait lever la pâte.
Ces bactéries et levures sont naturellement présentes dans l'enveloppe des graines, aussi faut-il prendre des farines complètes, bio de préférence, de blé pour débuter (seigle, épeautre possibles aussi).
L'eau doit être naturelle, sans chlore en particulier.
Les récipients ne doivent pas comporter de traces de bactéricides (produit vaisselle, savon, chlore...).
Il faut le garder à température stable, entre 23° et 30°, idéalement 25°.
Astuce : au besoin, mettre une ampoule (à incandescence) allumée à sa proximité.

Jour 1mélanger 20g de farine, avec 20g d'eau, jusqu'à obtenir une pâte homogène, couvrir en laissant respirer.
Jour 2attendre, la fermentation est en cours.
Jour 3nourrir le levain (rafraîchir), ajouter 20 à 30g de farine et la même quantité d'eau.
Jour 4nourrir à nouveau, ajouter 20 à 30g de farine et la même quantité d'eau, des bulles devraient commencer à apparaître.
Jour 5nourrir à nouveau, ajouter 60g de farine et 60g d'eau à votre levain, de belles bulles devraient être visibles.
Jour 6si vous avez trop de levain, gardez 60g (le reste est le rejet) et alimentez-le avec 45g de farine et 30g d'eau (moins d'eau le rend plus ferme).
Jour 7vous pouvez utiliser votre levain pour faire votre pain, au moment où il est monté au plus haut.

Pour le pain, il faut que le levain représente entre 15% et 30% du poids de la farine.
Si vous voulez faire du pain régulièrement, utilisez la moitié de votre levain, et nourrissez l'autre moitié (levain chef) pour le pain du lendemain, ce que font les boulangers.
Plus votre levain chef sera ancien, plus il sera robuste, il peut ainsi être entretenu indéfiniment.
Vous pouvez mettre un levain robuste au frigo pour faire un pain plus tard, il faudra le sortir et faire un rafraîchi 4h au moins avant de l'utiliser.
Avec le rejet, vous pouvez faire des crêpes, des gaufres...
En cas d'échec, vous pouvez changer de farine, éviter absolument les bactéricides, vérifier la température, tenter de démarrer avec 20g de farine, 10g d'eau et 10g de vinaigre de cidre.

Quelques guides plus complets :
Faire son levain maison    Faire son levain chez soi    Les secrets du levain naturel

L'art des artisans boulangers consiste à bien nourrir leur levain, avec parfois différentes farines, les possibilités sont infinies, ce qui fait la particularité de chacun d'entre eux.
Le levain ajoute une note acidulée donnant de la saveur au pain, allonge sa durée de conservation, la mie est plus dense.
Le pain à la levure n'a pas cette saveur acidulée, mais la mie est plus aérée, le pain est à consommer dans la journée par contre.
Peu de boulangers utilisent maintenant du levain pur, ils utilisent plutôt un mix de levain et de levure, pour obtenir des pains avec un compromis des deux qualités.
Tout est question de goût, à vous de choisir.

Décrets encadrant le pain traditionnel français

Pain maison, tradition — voir le décret en détail

Décret n° 93-1074 du 13 septembre 1993, pris pour l'application de la loi du 1er août 1905 en ce qui concerne certaines catégories de pains.

Art. 1er. - Pain maison ou pain traditionnel français, pain traditionnel de France, ou sous une dénomination combinant ces termes : doivent être entièrement pétris, façonnés et cuits sur leur lieu de vente au consommateur final.

Art. 2. - Pain de tradition française* : quelle que soit leur forme, n'ayant subi aucun traitement de surgélation au cours de leur élaboration, ne contenant aucun additif et résultant de la cuisson d'une pâte qui présente les caractéristiques suivantes :

1° Être composée exclusivement d'un mélange de farines panifiables de blé, d'eau potable et de sel de cuisine.
2° Être fermentée à l'aide de levure de panification (Saccharomyces cerevisiae) et de levain, au sens de l'article 4 du présent décret, ou de l'un seulement de ces agents de fermentation alcoolique panaire.
3° Éventuellement, contenir, par rapport au poids total de farine mise en œuvre, une proportion maximale de :
a) 2% de farine de fèves
b) 0,5% de farine de soja
c) 0,3% de farine de malt de blé

Art. 3. Peuvent seuls être mis en vente ou vendus sous une dénomination comportant la mention complémentaire "au levain" les pains définis aux articles 1er et 2 et présentant un potentiel hydrogène (pH) maximal de 4,3 et une teneur en acide acétique endogène de la mie d'au moins 900 parties par million.

Art. 4. - Le levain est une pâte composée de farine de blé et de seigle, ou de l'un seulement de ces deux ingrédients, d'eau potable, éventuellement additionnée de sel, et soumise à une fermentation naturelle acidifiante, dont la fonction est d'assurer la levée de la pâte.

Le levain renferme une micro-flore acidifiante constituée essentiellement de bactéries lactiques et de levures. Toutefois, l'addition de levure de panification (Saccharomyces cerevisiae) est admise dans la pâte destinée à la dernière phase du pétrissage, à la dose maximale de 0,2% par rapport au poids de farine mise en œuvre à ce stade.

Le levain peut faire l'objet d'une déshydratation sous réserve que le levain déshydraté contienne une flore vivante de bactéries de l'ordre d'un milliard de bactéries alimentaires et d'un à dix millions de levures par gramme.

Appellation et enseigne Boulangerie — voir le décret en détail

Arrêté du 12 décembre 1995 réglemente l'appellation et l'enseigne de boulangerie, transformé en loi n° 98-405 du 25 mai 1998 déterminant les conditions juridiques de l'exercice de la profession d'artisan boulanger.

« Art. L. 121-80. - Ne peuvent utiliser l'appellation de "boulanger" et l'enseigne commerciale de "boulangerie" ou une dénomination susceptible de porter à confusion, sur le lieu de vente du pain au consommateur final ou dans des publicités à l'exclusion des documents commerciaux à usage strictement professionnel, les professionnels qui n'assurent pas eux-mêmes, à partir de matières premières choisies, le pétrissage de la pâte, sa fermentation et sa mise en forme ainsi que la cuisson du pain sur le lieu de vente au consommateur final ; les produits ne peuvent à aucun stade de la production ou de la vente être surgelés ou congelés. »

La méthode française : le goût grâce au levain

Historiquement, les boulangers français utilisaient du levain dans leur confection du pain.
Cette technique demande cependant un savoir-faire pointu, et garde in fine une part aléatoire.
En effet, chaque boulanger doit cultiver son levain, le nourrir, l'enrichir, et il lui sera particulier, semblable à aucun autre, apportant un goût particulier à son pain.
Ce levain étant vivant, il va évoluer dans le temps de manière plus ou moins contrôlée, sachant qu'il est parfois ainsi entretenu pendant près de 100 ans.
C'est ce levain qui va faire lentement lever la pâte une fois pétrie, et il faut pour cela plusieurs heures.
C'est donc un vrai travail artisanal, et l'accélérer c'est nuire à la qualité du pain réalisé.

Méthode Viennoise : rapidité et légèreté

D'autres pays voisins, plutôt consommateurs de bière que de vin, utilisaient de la levure de bière pour faire lever la pâte à pain.
En France, de la levure de bière fut ajoutée à de la pâte au levain dès 1665, obtenant un "pain mollet". La faculté de médecine de Paris tenta d'interdire cette pratique, puis en limita fortement l'usage.
Vers 1838, August Zang ouvre une boulangerie à Paris et produit des petits pains à la fine croûte dorée, tels que faits en Autriche, son pays d'origine, en utilisant de la levure de bière seule.
C'est un succès, la mie, plus légère que celle de notre pain, est très appréciée.
De plus, le temps pour faire lever la pâte, ou pointage, est bien plus court, et le résultat moins aléatoire, plus reproductible.
Cette méthode alternative à l'utilisation du levain est appelée méthode Viennoise, elle reste cependant relativement cantonnée dans un premier temps.

Montée en puissance de la levure et industrialisation

En 1860, Louis Pasteur identifie la levure comme le micro-organisme qui, en présence d'oxygène, conduit à une multiplication cellulaire, et en absence d'oxygène, transforme le glucose en CO2, alcool et chaleur (c'est ce qui fait lever la pâte et lui donne des arômes).
À partir de 1867, commence alors la sélection et la culture industrielle de la levure à partir de colonies des distilleries d'alcool de céréale, les boulangers commencent à l'adopter.
Cette cohabitation entre levain et levure va durer jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, et la loi de 1919 interdisant le travail entre 10h et 4h pour les boulangers.
Cette contrainte de temps va pratiquement généraliser l'utilisation de la levure, afin de pouvoir continuer à livrer du pain frais dès le matin.

La course à la productivité et l'industrialisation vont ensuite se poursuivre et faire se développer la surgélation de la pâte, les terminaux de cuisson, des additifs dans les farines.
La baisse de consommation du pain par habitant en France est amplifiée par cette baisse de qualité globale, avec un pain à mie légère et très blanche, une croûte très fine, le tout qui sèche très vite.

Une loi pour préserver le goût du pain

Ceci provoque un sursaut tardif de la profession qui réunit tous les acteurs impliqués, négocie avec l'État.
Deux décrets vont être votés, en 1993 et 1998, encadrant la fabrication du pain et la boulangerie comme suit :

Le Pain Maison doit être entièrement pétri, façonné et cuit sur son lieu de vente au consommateur final.

Le Pain de tradition française ne doit subir aucun traitement de surgélation au cours de son élaboration, ne contenir aucun additif.
— sa pâte doit être composée exclusivement d'un mélange de farines panifiables de blé, d'eau potable et de sel de cuisine.
— elle doit être fermentée à l'aide de levure de panification et/ou de levain.

La mention complémentaire "au levain" pour ces deux types de pains est encadrée (pH maximal de 4,3, acide acétique endogène > 900 ppm).

Appellation Boulanger, Boulangerie : doivent assurer par eux-mêmes, à partir de matières premières choisies, le pétrissage de la pâte, sa fermentation et sa mise en forme ainsi que la cuisson du pain sur le lieu de vente au consommateur final.
Les produits ne peuvent à aucun stade de la production ou de la vente être surgelés ou congelés.

Ces appellations ne sont donc pas accessibles aux industriels du pain, elles sont réservées aux artisans qui mettent en œuvre cette méthode de panification traditionnelle.
Au consommateur ensuite de choisir en connaissance de cause.

Chapitre 8 · Des meules aux Moulins

Mouture des grains dans l'histoire

Très tôt l'homme a broyé les grains de diverses céréales pour les consommer en bouillie ou en galette cuite.

La première meule a tout simplement été une grosse pierre fixe (dormante), plate ou concave, et une plus petite (molette) avec laquelle on écrasait, broyait les grains.
Le résultat était grossier mais ce procédé était accessible à tous.

Les Égyptiens ont aussi utilisé ce moyen, avec des molettes en forme allongée.
Ils semblaient aussi utiliser mortier et pilon en étape préalable.

Les Grecs ont amélioré ce système, avec une pierre dormante carrée, et une mobile également carrée, ayant un trou avec une trémie pour charger en grains, avec un axe et un levier permettant un mouvement alternatif, à la force des bras : c'est le moulin d'Olynthe.

Ensuite a été inventée la "meule à bras" rotative, composée d'une meule dormante à sa base, et d'une meule tournante avec une entrée pour le grain au-dessus, et que l'on manœuvre à la main en saisissant le manche vertical.

Les Romains vont améliorer ce système, qui sera utilisé pendant très longtemps dans les campagnes en France, jusqu'au XXe siècle.
Ils vont aussi inventer une meule conique, entraînée par la force animale, que l'on peut voir à Pompéi, mais elle sera peu diffusée.
Car ils inventent ensuite le moulin à eau, sur le principe de la meule à bras rotative, avec une meule inférieure dormante, et une meule supérieure tournante, entraînée en rotation par la force d'un courant d'eau.
L'écoulement de l'eau fait tourner une roue à aubes, et le mouvement est transmis à la meule tournante par l'intermédiaire d'un système d'engrenages.
C'est un véritable saut technologique, qu'ils vont diffuser en particulier en Gaule.

Les moulins à vent viendront plus tard, en reprenant le système de transmission de rotation des moulins à eau romains.

Après beaucoup d'évolutions sur les formes des meules, les motorisations, la rupture suivante sera le passage de meules en pierre, à de gros cylindres métalliques, utilisés maintenant dans les minoteries.
Les grains passent entre deux cylindres et non plus deux meules, et ressortent écrasés, il peut y avoir plusieurs passages successifs, avec des cylindres lisses ou striés, des vitesses de rotation différentielles, des entrefers différents.
Les rendements en sont grandement améliorés, la farine peut être très blanche.
Certains boulangers jugent que la farine obtenue est moins qualitative, le broyage entre meules dispersant plus intimement les composantes du grain, la farine obtenue serait plus fluide.
On trouve encore des farines "tradition" obtenues à partir de meules en pierre, voire issues d'un processus mixte, une partie sur cylindres et une partie sur meules en pierre.

Chapitre 9 · Apparition des céréales et des premiers pains
Migration des cultivateurs éleveurs depuis le croissant fertile à travers le monde pendant le néolithique

La zone translucide, avec un contour rouge, est la zone dite du "croissant fertile". Les deux cercles rouges situent les premières domestications des céréales sauvages.
Les flèches représentent les chemins suivis par les cultivateurs éleveurs, avec les dates d'arrivée dans chaque zone, en années avant J.-C. Les zones vertes sont les zones actuelles de production de blé.

Apparition des céréales et des premiers pains

L'engrain, l'amidonnier, l'orge sont apparus il y a des centaines de milliers d'années, au Proche-Orient, dans la zone du croissant fertile.
Les chasseurs-cueilleurs se sont nourris très tôt de ces céréales sauvages, évoluant progressivement vers du semi-sédentarisme.
Ils commencent à construire de véritables villages, avec des maisons comportant un foyer de cuisson.
Il y a environ 10 000 ans, ces populations ont compris qu'elles pouvaient cultiver ces céréales sauvages, devenant ainsi les premiers cultivateurs (et éleveurs).
Puis certains se sont déplacés, emmenant avec eux ces céréales domestiquées (et animaux), les diffusant dans le monde entier.
Pour l'Europe, ils ont suivi deux grandes voies, une terrestre, notamment la vallée du Danube, et l'autre maritime, longeant la côte méditerranéenne.
C'est ainsi que l'ancêtre du blé est arrivé en France il y a 5800 ans par le sud et 5400 ans par le nord.
L'agriculture des céréales s'est généralisée, ouvrant la voie à la fabrication du pain qui va parfois devenir une part importante de l'alimentation.

Le Pain le plus ancien date de 12 400 avant JC

Sur le site de Shubayqa, au nord-est de la Jordanie, 24 morceaux de pain calciné ont été retrouvés dans le foyer d'une habitation, ils ont été datés de 12 400 ans avant JC.
On a aussi retrouvé une grande variété de grains de céréales, dont de l'avoine, de l'orge et de l'engrain Triticum boeoticum.
C'est le pain le plus ancien retrouvé à ce jour, la taille des bulles d'air dans la mie nous indiquant qu'il était cuit sans agent de fermentation.

Le Pain fermenté le plus ancien date de 6 600 avant JC

Il a été retrouvé dans le village de Çatalhöyük, dans l'actuelle Turquie, dans un four de cuisson.
Il n'a pas été cuit, il est sous forme de pâte et il a été établi qu'elle avait fermenté.

Mésopotamie
Cette région était une partie du croissant fertile, située entre le Tigre et l'Euphrate, allant du golfe Persique aux contreforts de la Turquie.
La fertilité de ces terres, à ce moment-là, va permettre l'expansion des villages agricoles dans toute la Mésopotamie, avec une croissance démographique conduisant à l'apparition des premières sociétés organisées, dès 6500 av. JC.
Ce n'est pas une civilisation unique, mais plutôt différentes cultures qui vont se succéder les unes aux autres, culture de Samarra, de Halaf, d'Obeïd, puis Sumériens, Akkadiens.
Tout est à inventer à cette époque, on va voir des communautés intégrées politiquement et socialement, que l'on peut considérer comme les premiers États, et de grandes agglomérations, véritables villes.
La base de l'écriture cunéiforme va être inventée vers 3300 av. JC par les Sumériens, ils vont aussi développer une agriculture irriguée très productive.
Elle va ensuite évoluer vers un régime de dynasties royales aboutissant finalement au sud les Kassites régnant depuis Babylone, et au nord le Mittani puis l'Assyrie.
La Mésopotamie va cependant être envahie par différents peuples comme les Perses, les Grecs, sa culture va disparaître durant des siècles et n'être redécouverte qu'au XIXe siècle.

Pour ce qui est du pain, les premières populations produisaient plutôt des galettes faites d'une pâte non levée, et cuites sur les parois internes d'un four ou sous la cendre.
Les Sumériens consommaient des biscuits et des galettes, à base de pâte à pain levé. Plus de 200 variétés de « pains » ont été enregistrées dans un recueil de tablettes d'argile selon les farines, les modes de pétrissage, les ingrédients (avec pistaches et figues sèches, raisins secs, etc.), cuissons et présentations.

Égyptiens
Les céréales sont arrivées en Égypte il y a 8000 ans, transportées par des agriculteurs venus du Proche-Orient. Les Égyptiens développent à leur tour la culture de céréales.

Chapitre 10 · Histoire et généalogie des Céréales

Généalogie des principales céréales

Histoire des céréales à travers leur généalogie

# à l'état sauvage, * cultivé(e).
Nota : les blés durs sont souvent avec barbe, mais pas toujours. Les blés tendres sont souvent sans barbe, mais parfois avec des exceptions...

L'INRA de Clermont-Ferrand conserve une collection d'environ 12 000 blés tendres (1/3 français), 6 600 orges, 3 200 blés durs, 1 300 triticales, 1 600 avoines et 450 Aegylops.
Avec les changements climatiques, conserver des espèces anciennes pourrait être fort utile, pour opérer de nouvelles sélections, plus adaptées à la chaleur et au manque d'eau.
Sachant qu'il faut entre 10 et 15 ans pour obtenir une nouvelle variété stable.

Noms complets des variétés de blés
Triticum monococcum L.
 ssp. aegilopoides (Link) Thell.Engrain sauvage
 ssp. monococcumEngrain cultivé ou Petit Épeautre
Triticum urartu Tum ex. Gand.
Triticum timopheevii (Zhuk.) Zhuk.
 ssp. armeniacum (Jakubz.) van SlagerenT. timopheevii sauvage
 ssp. timopheeviiT. timopheevii cultivé
Triticum turgidum L. (Thell.)
 ssp. dicoccoides (Körn ex. asch. & Graebn.) Thell.Amidonnier sauvage
 ssp. dicoccon (Shrank) Thell.Amidonnier cultivé
 ssp. paleocolchicum (Men.) A. Löve & D. LöveBlé de Géorgie
 ssp. parvicoccum * KislevPas de nom commun
 ssp. durum (Desf.) Husn.Blé dur
 ssp. turgidumBlé poulard
 ssp. polonicum (L.) Thell.Blé de Pologne
 ssp. turanicum (Jakubz.) A. Löve & D. LöveBlé Korassan
 ssp. carthlicum (Nevski.) A. Löve & D. LöveBlé de Perse
Triticum zhukovskyi Men & Er.
Triticum aestivum L.
 ssp. spelta (L.) Thell.Grand Épeautre
 ssp. macha (Dek. & Men.) MKPas de nom commun
 ssp. aestivumBlé tendre ou Froment
 ssp. compactum (Host) MKBlé compact ou Blé hérisson
 ssp. sphaerococcum (Percival) MKBlé sphérique ou Blé indien

Petite histoire des principales céréales

Les ancêtres de nos céréales, engrains et égilopes, existaient il y a 1 à 3 millions d'années dans le croissant fertile, au Proche-Orient.
Ces plantes étaient cependant assez différentes de celles d'aujourd'hui, avec des épillets (grains avec leur enveloppe) qui se détachaient de l'épi juste avant leur maturité, et tombaient au sol.

Les fleurs des céréales étant hermaphrodites, elles s'autopollinisent, ce qui fait que leur espèce est assez stable, évoluant principalement par mutations. Mais, par hasard, il est possible que le vent apporte du pollen d'une autre variété, avant que l'autopollinisation ne se fasse.
C'est ce qui s'est passé entre l'engrain urartu et l'égilope speltoïdes, il y a 500 000 ans, donnant naissance à l'amidonnier sauvage, turgidum dicoccoïdes.

Cet amidonnier a ensuite été cultivé par l'homme, il y a 10 000 ans, ce dernier sélectionnant assez naturellement les grains les plus gros, les épillets les plus solides, pour servir de semence, ce qui a progressivement éloigné l'amidonnier cultivé, devenu turgidum dicoccum, de l'amidonnier sauvage.

À la même époque, l'homme a aussi cultivé l'engrain sauvage beoticum, l'améliorant progressivement pour aboutir au petit épeautre monococcum.

Il y a 9 000 ans s'est produit un autre croisement, celui de l'amidonnier cultivé avec l'égilope tauschii, donnant naissance au grand épeautre, aestivum spelta.

Tous ces grains avaient la particularité d'être "vêtus", c'est-à-dire qu'ils avaient une enveloppe robuste protégeant le grain, qu'il fallait au préalable enlever pour en faire la mouture. Cependant des mutations aléatoires faisaient apparaître des grains plus faciles à décortiquer, et les cultivateurs en ont tiré parti.

Il y a 8 500 ans, en privilégiant la semence de ces individus, ils ont petit à petit favorisé les populations à grain "nu", ce qui va faciliter la production de farine.
C'est le cas du blé dur, turgidum-durum, issu de sélections à partir de l'amidonnier cultivé.
Et aussi du blé tendre, aestivum-aestivum, issu de sélections à partir du grand épeautre.

L'orge était cultivée à la même période que l'amidonnier, c'est une évolution de l'orge sauvage.
Le seigle est cultivé depuis environ 8 000 ans, l'avoine depuis 5 000 ans, à partir d'espèces plus anciennes.

À partir du XIXe siècle, le processus de sélection a été mieux compris et devient industriel, puis l'introduction de gènes spécifiques par voie naturelle est découverte.
Ceci a donné naissance à une multitude de variétés, cherchant à optimiser la résistance de l'épi (rachis), la productivité (nombre de grains par épis, par plante, par m2), la résistance aux maladies, la résistance à la verse, l'adaptation aux sols, au climat, l'aptitude à la panification...

Les blés d'Odessa (Ukraine), très bons en panification, ont ainsi été croisés avec des blés anglais, très bons en résistance aux maladies et en rendement, mais mauvais en panification.
Des blés sensibles à la verse ont été croisés avec des blés nains asiatiques.
Le seigle a été croisé avec le blé, donnant le Triticale, combinant productivité du blé et rusticité du seigle.
En 2012, l'Espagne croise le blé dur avec l'orge silvestre d'Amérique du Sud, donnant le Tritordeum.

Chapitre 11 · Famines et Disettes
Histoire des famines en France depuis le Moyen Âge

Nombre de famines en France depuis le Moyen Âge

La France connaît une famine tous les 7 ans

La croissance démographique étant exponentielle, il s'avère difficile de suivre ces rythmes pour la production de céréales, avec des rendements de moins de 10q/ha (plus de 100 aujourd'hui), il faut défricher et mettre en culture beaucoup de surfaces.
Cet équilibre très précaire va souvent être mis à défaut, générant pour le moins des disettes, et dans les cas les plus graves des famines, car les causes de réduction ou de perte des récoltes sont nombreuses :

Les aléas climatiques : hivers très froids, gels, étés très chauds, pluies ou neiges trop abondantes, grêle, tempêtes...
Les guerres : réquisitions des armées, brûlis des champs...
La spéculation : les plus cupides stockent des blés pour provoquer des pénuries et augmenter les prix.
Commerce entravé : taxes entre provinces, entre villes, peu de moyens de transport...

L'augmentation des rendements avec la mécanisation, les engrais, puis la sélection de variétés plus productives, la diversification avec l'introduction de la pomme de terre, puis le retour de la viande à grande échelle, tous ces éléments vont finalement faire disparaître les famines. La France cultive maintenant plus de céréales que nécessaire, elle exporte 50% de sa production.

Les famines touchent toutes les civilisations

Les famines sont intrinsèques aux phases d'expansion des civilisations.
Les premières famines sont mentionnées en Égypte, en 4247 avant JC, elles se produisaient lors de crues ou de baisses de débit exceptionnelles du Nil, ce qui réduisait les récoltes de céréales.
Entre 500 avant JC et 500, les régions correspondant à l'Empire romain, l'Europe méditerranéenne, connaissent au moins 25 famines majeures.
De 500 jusqu'au XIXe siècle, avec un déclin à partir du XVIIe siècle, elles concernent toute l'Europe de l'Ouest.
De 1500 jusqu'au XXe siècle, c'est l'Europe de l'Est qui est concernée.
L'Inde et l'Asie connaissent des famines de l'Antiquité aux temps modernes. La famine n'a pas non plus épargné le continent américain et les îles du Pacifique. La famine est aussi présente en Afrique subsaharienne depuis l'ère précoloniale.

Les céréales permettent l'expansion humaine

Quand une civilisation prospère, sa démographie augmente rapidement, de grandes villes voient le jour.
Pour permettre de nourrir ces multitudes, l'homme a spontanément utilisé l'agriculture à grande échelle.
Pour l'Europe, il s'agit de la culture des blés, pour l'Asie, de la culture du riz, pour les Amériques, de celle du maïs.
L'élevage n'a pas été le support des fortes périodes de croissance démographique. Il est vrai que nourrir des animaux, avec pour partie des céréales, alors que celles-ci manquaient déjà pour les hommes, est assez impensable.
L'élevage est aussi moins efficace au niveau énergétique : pour 1 mégajoule d'énergie consommée, l'élevage ne produit qu'entre 0,5 et 1 mégajoule sous forme de lait ou de viande, alors que les grandes cultures de céréales en produisent plus de six (chiffres actuels).

Les famines touchent les campagnes en premier

Les rois, seigneurs, sont assurés de manger correctement car ils collectent les impôts, stockent des céréales, se réservent la chasse.
L'approvisionnement des grandes villes est protégé pour éviter les mouvements de foules, elles sont touchées en deuxième par les pénuries.
Mais les pauvres dans les campagnes ne peuvent pas avoir de stock, ils sont touchés en premier.
Lors des famines, on mange de tout, les animaux domestiques, les rats, les écorces d'arbre, les herbes...
Des cas d'anthropophagie sont même avérés.
La mortalité fait un bond.

Chapitre 12 · Prix avant 1789 en Livre Tournois
Historique du prix du pain en France en 1776

Exemples de prix du pain en 1776, 1782, 1789

Prix en livres tournois et en francs

Les prix avant la Révolution sont exprimés en livre tournois, qui a comme divisions :
1 livre tournois (ou livre) = 20 sols (ou sous), et 1 sol = 12 deniers.

À partir de 1795, le franc devient la monnaie officielle de la France, avec l'équivalence 1 franc = 1 livre.
Il est divisé en décimes et en centimes.

Équivalences :
1 sol = 1/20ème de franc soit 0,05 F
1 denier = 1/12ème de 0,05 F soit 0,4 centime de franc.

Exemples de conversion de prix
1776 : 2kg de pain (4 livres) valent 8 sous et 6 deniers ⇒ 0,42 F et donc 0,21 F le kg.
1789 : 2kg de pain valent 14 sous et 6 deniers ⇒ 0,72 F et donc 0,36 F le kg.

31 juillet 1791 : prix réglementé à deux sols la livre ⇒ 0,20 F le kg
10 mai 1792 : prix réglementé à six sous et demi les trois livres ⇒ 0,22 F le kg

1782 : 2kg de pain valent 11 sous ⇒ vous êtes maintenant capables de faire la traduction en francs...

Prix réglementé du pain 10 mai 1792
Six sous et demi les trois livres
Treize sols les six livres
Vingt-six sols les douze livres

Prix réglementé du pain 31 juillet 1791
Deux sols la livre
Douze sols les six livres
Vingt-quatre sols les douze livres

De la Livre Tournois au Franc Germinal

Pour apprécier des prix de périodes anciennes, il faut connaître l'évolution de notre monnaie au cours de l'histoire.
Le commerce s'est appuyé très tôt sur des pièces de métal précieux, généralement en or, parfois en argent, liées à l'histoire des régents, régions, des pays.
Pour ce qui est nécessaire ici, on peut cependant se concentrer sur les principales monnaies utilisées dans la période partant du VIIIe siècle en France.

Chronologie Livre Parisis, Livre Tournois, Franc
755 : Livre Parisis, (frappée à Paris) prend la suite du système monétaire romain.
1203 : Livre Tournois, (frappée à Tours) vient en complément, suite au rattachement de la Touraine à la couronne de France, sous Philippe II de France.
1360 : Franc à cheval, création temporaire, valait une livre tournois, qui sert à payer la rançon du roi Jean II le Bon, le mot franc devint vite synonyme de livre.
1549 : la livre tournois est décrétée unité de compte pour la tenue des comptabilités, puis supplante définitivement la livre parisis en 1667.
1795 : Franc Germinal, suite à la Révolution française, remplace la livre tournois avec la même valeur*, avec des subdivisions décimales.
1959 : Nouveau Franc comme étant une division par cent du franc dit ancien par la suite.
1999 : Euro, abandon du franc pour l'adoption de la monnaie européenne unique.

En 779, Charlemagne fixe la subdivision de la livre en 20 sols et le sol en 12 deniers, on a donc 1 livre = 240 deniers.
(Fin du XIe siècle, la livre sterling anglaise reprend ce principe avec 1 livre sterling = 20 shillings et 1 shilling = 12 pence.)
Le franc se subdivise quant à lui en décimes et en centimes (système décimal adopté à la Révolution).
La livre anglaise passera finalement aux subdivisions décimales en 1971.

Monnaie réelle, monnaie de compte
La livre tournois était une monnaie de compte, dont la valeur était de 6,74g d'or à sa création, elle ne donna pas lieu à des pièces réelles.
Les pièces mises en circulation étaient des fractions en deniers ou en sols.
La valeur de compte de la livre tournois fut diminuée au fil du temps et des difficultés économiques et des besoins des caisses de l'État.
À sa disparition en 1795, sa valeur n'était plus que de 0,29 g d'or.

La loi du 17 germinal an XI (7 avril 1803) institue le bimétallisme selon un rapport d'échange entre l'or et l'argent de 1 or pour 15,5 argent (1/15,5) :
1 franc = 0,3225 g d'or à 900 millièmes, soit 0,29025 g d'or fin
1 franc = 5 g d'argent à 900 millièmes, soit 4,5 g d'argent fin.

Fin de la convertibilité en or
Dès août 1914, avec l'entrée en guerre, le franc français cesse d'être convertible en or.
Le 26 décembre 1945, la France ratifie les accords de Bretton Woods : la convertibilité en or est suspendue pour toutes les monnaies sauf pour le dollar américain.
Le 15 août 1971, Richard Nixon, président des États-Unis, suspend la convertibilité du dollar en or.
En effet, la masse monétaire en circulation avec la croissance économique mondiale devient peu à peu très supérieure aux réserves mondiales en or.

Le sou
Le sou, très utilisé dans nos expressions françaises (être sans le sou, un sou est un sou...) était en fait un synonyme du sol.
Avec le passage au franc, le sou était donc la pièce de 5 centimes, et la pièce de 5 francs représentait 100 sous.
Ceci car le sol ou sou est le 1/20ème de la livre, il est donc aussi le 1/20ème du franc, donc 0,05 F ou 5 centimes.

* Quasiment la même valeur, une livre = 0,9877 franc, à l'usage devenu 1 livre = 1 franc.

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